Lettre ouverte à Bertrand Plouvier suite au conseil municipal du 12 septembre

Hier, lors du vote du réaménagement de la place de Bretagne, l’opposition a voté pour – comme tout le conseil d’ailleurs – mais en a profité pour ressortir ses vieilles obsessions (voir l’extrait vidéo dans le lien ci-dessous). Comme notre association existe aussi pour battre en brèche les idées reçues et les poncifs sur le vélo et plus globalement la mobilité, nous réagissons à l’intervention de Bertrand Plouvier, chef de file (LR) de l’opposition municipale suite à la présentation de l’avant-projet par l’élue adjointe à la mobilité (EELV) Sylviane Rault. Cette intervention est visible en vidéo en cliquant sur l’image ci-dessous :

Non, M. Plouvier, on ne peut pas construire des « véloroutes urbaines » (voies express, pistes XL, appelez-les comme vous voulez) en ne réduisant pas pour cela l’espace de stationnement et de circulation automobile. Attirer davantage d’automobilistes en centre-ville n’a jamais permis et ne permettra jamais de mettre en œuvre un report des usagers vers le vélo. D’ailleurs, pour reprendre les dires du chercheur Frédéric Héran : « Le stationnement sur voirie représente une appropriation de l’espace public à des fins privées. En laissant sa voiture des heures le long du trottoir – ou en stationnement illicite sur le trottoir –, l’automobiliste utilise pour lui seul un espace qui appartient à tout le monde et interdit donc tout autre usage de cet espace ».
Si vous aviez obtenu la majorité en 2014 et mis en place un programme d’aménagements cyclables, M. Plouvier, vous auriez fatalement supprimé des espaces de stationnement.
A moins que vous ne préfériez supprimer des trottoirs ?
Pour en savoir plushttp://www.slate.fr/story/140771/supprimer-stationnement-automobile-rue

Non, M. Plouvier, les double-sens cyclables ne sont pas dangereux et sont très appréciés par une écrasante majorité de cyclistes. Ils sont parfois moins efficaces que prévus, à cause justement d’espaces de stationnement envahissants, en partie dans les rues du centre historique. Mais ils permettent de réduire efficacement les temps de parcours des cyclistes, et ne causent quasi pas d’accident, encore moins grave. Aucun décès de cycliste n’est survenu ces deux dernières années dans un double-sens cyclable, à titre d’exemple. Ils existent à Strasbourg, ville pionnière, depuis 1983 (!) et à Rennes depuis 1994 et n’ont pas fini de se généraliser. Ce qui est vraiment dangereux, c’est d’être confronté à une circulation automobile rapide et volumineuse.
Pour en savoir plus ▶ https://www.heureux-cyclage.org/non-les-double-sens-cyclables-ne.html

Non, M. Plouvier, on ne peut pas parler de « chasse à la voiture » à Rennes ces dernières décennies. Rennes a suivi, avec un décalage par rapport à des métropoles comme Grenoble, Strasbourg ou Bordeaux, un processus entamé partout en France depuis 30 ans. Ce qui se produit est un simple rééquilibrage, et l’urgence est d’accélérer ce rééquilibrage pour rattraper le retard de progression des aménagements que vous avez évoqué. L’automobile représente aujourd’hui moins de la moitié des déplacements à Rennes (en suivant la tendance de la dernière EMD) et bénéficie de 60 à 70% de la voirie, alors que l’usage du vélo augmente fortement. La requalification des rues, boulevards et places va dans le sens de l’histoire et la tendance des autres métropoles, qu’elles soient gérées par la droite ou la gauche. La « guerre à la voiture » fait doucement rigoler et tousser les cyclistes quotidiens confrontés à des stationnements très gênants à longueur de journée et des comportements irréfléchis.
Pour citer encore F. Héran : « Il est évident que nous vivons aujourd’hui une transition du « tout automobile » – où la priorité est accordée à la voiture en toute circonstance – vers la rue pour tous – partagée entre différents modes de déplacements ».
Pour en savoir plus ▶ http://www.telerama.fr/sortir/en-2030,-il-y-aura-plus-de-velos-que-dautos-dans-paris,n5196342.php

S’il y a une petite révolution à venir d’ici 2040, M. Plouvier, elle viendra très certainement davantage des citoyens cyclistes et piétons que de l’arrivée de la voiture électrique, qui, soit dit en passant, ne résout rien aux problèmes des limites écologiques (ressources disponibles), des embouteillages et de la faible pertinence de la voiture en ville. Si l’essor de l’autopartage et du covoiturage a bien lieu (et il a du mal à se montrer pour l’instant), alors tant mieux. Cela accélérera la déprise automobile et permettra de rendre aux piétons et aux cyclistes un espace dont ils ont besoin et dont ils manquent cruellement.

Bref, il n’est pas inutile de rencontrer les représentants des usagers (et cela vaut pour tous les partis politiques sans exception) pour éviter ce genre d’approximations et de contre-vérités ! Au plaisir de vous croiser à vélo, cher M. Plouvier !